Le Canada est l'un des quelques pays encore indemnes d'un certain nombre d'épizooties graves. Pour l'Agence canadienne d'inspection des aliments, il est de toute première importance que les maladies animales exotiques, et surtout celles qui, comme la fièvre aphteuse, se propagent rapidement, soient reconnues et éradiquées dans les plus brefs délais si elles sont introduites au Canada. Les conséquences que peut avoir une maladie exotique animale dépendent de l'étendue et de la nature du foyer et peuvent être considérablement limitées si l'on prend promptement les mesures nécessaires pour identifier la maladie et restreindre sa propagation et pour l'éliminer.
D'après une étude réalisée en 1998, un foyer de fièvre aphteuse entraînerait un embargo sur les exportations canadiennes de viande rouge et de produits d'origine animale et se traduirait par une réduction de la valeur du bétail canadien pouvant se chiffrer entre 950 millions et 1.9 milliard de dollars, selon les estimations. Si aucune mesure n'était mise en oeuvre pour enrayer la maladie, on estime qu'une flambée pourrait coûter jusqu'à 34 millions de dollars par jour à l'industrie des bovins.
Si une maladie animale exotique vient à être introduite au Canada, les vétérinaires praticiens seront probablement les premiers à l'observer et à la reconnaître. En reconnaissant rapidement une nouvelle maladie, il se pourrait que les vétérinaires l'empêche de se propager à grande échelle et évitent ainsi à la population canadienne le déboursement de sommes considérables.
Pour l'Agence canadienne d'inspection des aliments, les maladies animales exotiques à surveiller sont celles qui auraient de lourdes conséquences économiques au Canada, principalement à cause des pertes qu'elles entraîneraient sur les marchés d'exportation. Il est essentiel de se rappeler que les maladies animales exotiques sont une possibilité bien réelle. Par ailleurs, leur spectre de pathogénicité a beaucoup changé. Il faut oublier l'image classique de la maladie exotique qui entraîne des manifestations cliniques foudroyantes chez un bétail hautement sensible comme celui du Canada. La libération accidentelle de souches modifiées et le passage de l'agent chez des hôtes partiellement immunisés ont entraîné des changements de pathogénicité qui ont généré des agents causant des manifestations cliniques très semblables à celles des maladies courantes du bétail canadien.
La difficulté, pour le clinicien, est de décider quels cas signaler au vétérinaire de district. Il doit se fier à son jugement. Quelques règles peuvent toutefois être d'un certain secours. Premièrement, la possibilité d'un contact récent, par exemple avec des personnes ou des animaux arrivant de l'étranger, doit éveiller les soupçons et faire envisager sérieusement de signaler le cas. Deuxièmement, lorsqu'un syndrome ne suit pas l'évolution clinique prévisible ou que le traitement ne donne pas les résultats attendus, il faut s'interroger. Ces 30 dernières années, la peste porcine classique, l'anaplasmose, la maladie de Newcastle et la fièvre catarrhale du mouton ont toutes été signalées au Canada. Il est peu probable que les cliniciens voient ces maladies, mais ils doivent savoir qu' elles existent.
Les quelques exemples figurant ci-après peuvent servir d'aide-mémoire :
Il est recommandé aux vétérinaires de demander au bureau de district la documentation écrite sur les maladies animales exotiques graves pour se tenir au courant des derniers développements concernant les signes cliniques et les observations post-mortem.
En vertu des paragraphes 1 et 2 de l'article 5 de la Loi sur la santé des animaux, le vétérinaire qui a des motifs raisonnables de soupçonner une maladie animale exotique doit sans délai en aviser le vétérinaire de district, qu'il s'agisse ou non d'une maladie déclarable. La peste équine, la fièvre de la vallée du Rift, la clavelée et la péripneumonie contagieuse bovine sont des exemples de maladies exotiques graves dont la déclaration n'est pas obligatoire.
Si le vétérinaire a de sérieux soupçons, il est important qu'il demeure sur les lieux suspects jusqu'à l'arrivée du vétérinaire de l'Agence canadienne d'inspection des aliments.
Si le vétérinaire de district estime qu'un diagnostic de maladie exotique est une possibilité à envisager sérieusement, le praticien doit bien considérer les risques en jeu s'il entre en contact avec les animaux d'autres exploitations sans se désinfecter et désinfecter son matériel à fond. Bon nombre des agents de maladies animales exotiques sont résistants et se propagent rapidement par des vecteurs passifs. Le risque de transmission d'une exploitation à l'autre par le vétérinaire est réel et doit être reconnu comme tel, de même que les conséquences tragiques qui peuvent découler de la transmission de la maladie, avec les poursuites qui pourraient s'ensuivre à l'endroit du vétérinaire.
Il est conseillé au vétérinaire praticien de garder une liste à jour des personnes avec lesquelles ils peut communiquer s'il ne peut joindre le vétérinaire de son district (ex. : le vétérinaire du district voisin, le centre opérationnel). La discrétion est de rigueur dans les communications avec les clients, surtout s'il s'agit de conversations téléphoniques sur des lignes à plusieurs abonnés. Par exemple, il vaut mieux parler de « maladie exotique possible »plutôt que de « fièvre aphteuse ». Si la maladie exotique est diagnostiquée, les mesures d'éradication comprendront au moins la mise en quarantaine des lieux et une enquête épidémiologique (p. ex. stomatite vésiculeuse observée chez les chevaux d'une seule écurie). Des mesures additionnelles seront prises selon les autres facteurs en jeu, notamment la dissémination de la maladie (p. ex. animaux sauvages touchés), le pouvoir légal des autorités concernées, l'appui de l'industrie, etc.; ces mesures peuvent aller jusqu'à la mise en quarantaine de toute une région avec abattage intégral des animaux de toutes les exploitations touchées.
Si une maladie animale exotique venait à être signalée, une équipe d'intervention d'urgence, préalablement constituée, serait mobilisée et dépêchée au lieu désigné comme centre des opérations où elle mettrait en oeuvre les mesures nécessaires pour empêcher la maladie de se propager et pour l'éradiquer. Cette équipe se compose d'unités opérationnelles chargées de fonctions bien précises : diagnostic, retraçage, contrôle des déplacements, évaluation, abattage et élimination des carcasses, nettoyage et désinfection. On pourrait demander l'aide de vétérinaires praticiens dans l'un ou l'autre de ces domaines.
Les premières mesures de lutte consistent à limiter les déplacements des animaux et des personnes dans les zones où la maladie a été diagnostiquée. La zone contaminée (ou les zones contaminées, s'il y en a plusieurs) est la zone où se trouvent les lieux infectés. Selon la nature de la maladie, on délimite un périmètre défini autour des lieux infectés en suivant autant que possible les barrières naturelles et les routes pour faciliter la mise en oeuvre des mesures de lutte. La zone contaminée est entourée d'une zone de sécurité qui s'étend du périmètre de la zone contaminée jusqu'à une certaine distance, selon la nature de la maladie. La zone tampon s'étend de la limite extérieure de la zone de sécurité jusqu'à la limite de la région contrôlée. Ces trois zones constituent la région contrôlée où des mesures sont mises en oeuvre suivant une stratégie de lutte préalablement approuvée. Durant une flambée, les vétérinaires praticiens qui reçoivent de l'information qui pourrait avoir un rapport avec la maladie exotique doivent transmettre ces renseignements au centre des opérations de la région touchée. Dans le cas d'une maladie exotique nécessitant une intervention d'urgence, il faut que les vétérinaires praticiens aient toujours accès, par les voies appropriées, aux renseignements pertinents tels que l'emplacement et le numéro de téléphone du centre des opérations, les limites de la région contrôlée, les restrictions relatives aux déplacements, les mesures de désinfection, etc.
Il se peut que les désinfectants qu'utilise habituellement le vétérinaire praticien soient sans efficacité contre l'agent de la maladie qu'on soupçonne. Il convient de consulter le vétérinaire de district pour savoir quels produits sont acceptables pour la désinfection des personnes, du matériel et des véhicules.
L'éducation du client fait partie intégrante du rôle que joue le vétérinaire praticien en matière de prévention et de lutte contre les maladies animales exotiques. En cas de flambée, les exploitants s'adresseront avant tout à leur vétérinaire pour obtenir de l'information. Les mesures de lutte telles que la déclaration de la maladie, la quarantaine, la désinfection, etc. sont d'autant plus efficaces les exploitants acceptent d'y participer et de collaborer, ce qui suppose qu'ils comprennent en quoi elles consistent et pourquoi elles sont mises en oeuvre.
En ce qui touche les maladies animales exotiques, le rôle du vétérinaire praticien peut se résumer comme suit :